La réunion du 3 décembre concernant la présentation du nouveau bâtiment de l'EHESS s'est tenue dans une ambiance tendue entre la direction du Campus et les tenants de la préservation de l'espace vert de l'îlot 4 (1 hectare) regroupés en collectif "Pour un Campus vert et ouvert". Ces derniers s'opposent à l'implantation d'un nouveau bâtiment qui va détruire le seul espace vert d'un seul tenant de pleine terre, ouvert au public, dans un environnement très minéralisé.
L'article se structure en trois parties : la présentation du nouveau bâtiment de l'EHESS/FMSH et le débat, le site de Paris La Chapelle et le manifeste du collectif d'universitaires.
Le projet du bâtiment de l'EHESS et de la FMSH
C'est dans un climat conflictuel que la direction du Campus a présenté le projet lauréat de l'agence Encore Heureux Architectes pour construire le nouvel édifice de 18 000 m² qui accueillera l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et la Maison des Sciences de l'Homme (FMSH) en complément du bâtiment existant qui accueille déjà une partie des personnels de l'EHESS. L'opération immobilière financée par l'Etat à hauteur de 125 millions d'euros recevra 2 700 étudiants et 1 825 personnels administratifs. La programmation du bâtiment intègre un amphithéâtre de 200 places, 23 salles d'enseignement, un forum de 80 places, des espaces de coworking, des studios images et son, des espaces de restauration et cafétéria...Les travaux débuteront en 2028 pour une livraison prévue en 2030. Selon le président du Campus, parmi les quatre projets qui étaient en lice, celui de l'agence Encore Heureux Architectures est le mieux disant en matière de conception et de proposition environnementale intégrant 5 400 m² d'espaces verts de pleine terre sur un total de 18 000 m² "contribuant au rafraîchissement du bâtiment et de la parcelle". L'architecte de l'agence présente le parti d'aménagement d'un bâtiment de "forme géométrique, organisé autour d'un jardin central, permettant la modularité et la flexibilité des espaces et une grande souplesse d'usage". Le bâtiment s'organise autour de trois entrées, dont la principale est structurée par un large porche en direction d'un jardin central appelé "jardin des humanités" reliant les principales fonctions du programme (cafétaria, restaurant, forum, espaces étudiants...). Selon le concepteur de l'édifice, un autre jardin appelé "jardin de biodiversité" assure une continuité écologique entre le futur bâtiment EHESS/FMSH et le bâtiment existant de l'EHESS. Enfin durant les différentes phases de construction du bâtiment, l'architecte propose un "processus de dialogue" avec les futurs usagers, riverains et acteurs locaux pour "l'adapter au mieux à ses fonctions futures et à son environnement".
Place au débat !
A l'issue de cette présentation, les questions/réponses qui suivent ne sont pas de nature à apaiser le débat tant les positions des uns et des autres sont opposées ! Ce n'est pas le projet de bâtiment et sa signature architecturale qui sont contestés par le Collectif mais c'est le principe de le construire sur un espace vert qui est le seul îlot de fraicheur du quartier dans "une ville déjà trop minéralisée" où l'on compte 1,5 m² d'espaces vert par habitant alors que la recommandation de l'OMS est de 10 m². Pourtant des solutions alternatives qui n'ont pas été explorées existent avec le nombre de m² de bureaux vides à proximité de l'actuel bâtiment de l'EHESS. Les membres du Collectif rappellent que construire un immeuble en lieu et place d'un espace vert est en totale contradiction avec les rapports du GIEC, les avis des autorités environnementales et les orientations du Schéma Directeur Régional Environnemental d'Île de France dans le contexte du changement climatique, pointant du doigt la Plaine Saint-Denis qui conjugue "densité urbaine, imperméabilisation et manque d'espaces verts" (voir le manifeste en dernière partie de l'article). Ils demandent à la direction du Campus de revoir sa politique immobilière. ASA PNE et Environnement 93, l'antenne locale de FNE Île de France, sont intervenus pour défendre l'intégrité de l'îlot 4 en espace vert et la recherche de solutions alternatives dans le parc de bureaux vacants sur le secteur.
Côté direction, composé des trois directeurs de l'Etablissement Public du Campus Condorcet, de l'EHESS et de la FMSH, le discours porte sur les contraintes techniques et financières qui ne permettent pas d'utiliser le parc immobilier alentour avec ses aléas et ses caractéristiques. Selon elle, il est impensable à ce stade de "remettre le sujet sur la table devant l'Etat au risque de blocage et de reprendre le processus à zéro qui ferait perdre les 125 millions alloués". Elle a indiqué en substance que les personnels et les représentants syndicaux des deux établissements soutenaient le projet du nouvel immeuble.
Etant donné les positions très divergentes entre les deux parties, le collectif entend poursuivre son action en demandant à la Mairie d'Aubervilliers de refuser le permis de construire et indique saisir en temps utile la justice avec l'appui des associations environnementales. Enfin, il ne serait pas étonnant qu'à Aubervilliers ce projet soit un enjeu électoral majeur dans la perspective des municipales de mars 2026.
Campus Condorcet Aubervilliers : présentation du projet immobilier de l'EHESS/FMSH - 3 décembre 2025.
A suivre, la présentation du Campus Condorcet de Paris La Chapelle et le manifeste du collectif.
Le site de Paris La Chapelle
Le Campus Condorcet de Paris La Chapelle recevra ses premiers étudiants en janvier 2026. 3500 étudiants et chercheurs en sciences humaines et sociales de Paris 1 sont attendus pour des enseignements de licence et de master en histoire, histoire de l'art, géographie, démographie et philosophie.
Articulé autour d'un grand jardin central, le site d'environ 23 000 m² est doté de plusieurs lieux d'enseignement (amphithéâtres, salles de TD, de langues, informatique et multimédia...), d'une grande bibliothèque, de deux espaces de la vie étudiante (Paris 1 et Ville de Paris) et d'un restaurant universitaire géré par le CROUS.
Au cours de la réunion du 3 décembre, nous avons demandé aux responsables du Campus d'organiser début 2026 une réunion publique dans le secteur de la porte de la Chapelle à destination des riverains et voisins du Campus.
Le manifeste du collectif "Pour un Campus vert et ouvert"
Voici le manifeste qui a été élaboré en novembre par de nombreux universitaires "pour la sauvegarde du parc arboré et de pleine terre de l'îlot 4 du Campus Condorcet !". Ce manifeste a été signé par plusieurs organisations politiques, syndicales et associatives de Seine Saint Denis. Bien qu'ASA PNE soutienne l'action des universitaires pour la préservation de l'îlot 4, nous ne signons pas le manifeste pour respecter notre neutralité et éviter tout amalgame vis à vis d'organisations politiques, en particulier dans cette période pré-électorale.
Manifeste
« Aujourd'hui, on ne doit plus détruire un espace vert dans des quartiers populaires »
Pour la sauvegarde du parc arboré et de pleine terre de l'îlot 4 du Campus Condorcet !
Depuis 2020, des centaines de membres du campus Condorcet se mobilisent, en intersyndicale élargie, pour préserver la prairie arborée d'un hectare de l'îlot 4 située à Aubervilliers, l'une des villes la plus carencée en espace vert de la région parisienne : moins de 1,5 m2 d'espaces verts par habitant – alors que l'Organisation mondiale de la santé préconise au minimum 10 m2.
Une opposition élargie et déterminée pour la préservation d'un parc d'un hectare
En 2021, plus de 300 membres de la communauté scientifique ont signé le manifeste "Pour un campus vert et ouvert". À leur tour, des habitant·es des quartiers de la Plaine Saint-Denis et des communes d'Aubervilliers et de Saint-Denis ont manifesté leur opposition à ce projet de destruction d'un îlot devenu un véritable parc. Des associations locales et nationales de défense de l'environnement ont également rejoint la mobilisation contre la politique immobilière du campus Condorcet. Des élu·es locaux et parlementaires du département, de plusieurs sensibilités, qui ont interpellé le gouvernement.
Le collectif souhaite accueillir les membres de l'EHESS et de la FMSH dans les meilleures conditions, tout en préservant cet ilot de verdure et la qualité de vie sur le Campus. Depuis 4 ans, celles et ceux qui se mobilisent pour protéger ce parc ont donc demandé au campus Condorcet qu'il repense son projet d'aménagement. Toutes les interpellations sont restées lettre morte.
Refusant toute négociation, les présidences de l'EPCC, de la FMSH et de l'EHESS viennent de présenter le projet architectural retenu pour les futurs bâtiments de l'EHESS et la FMSH. Le projet d'immeuble ex-nihilo qui a été retenu couvre une grande partie de l'îlot 4, ce qui entraînera la destruction et la privatisation du parc existant auxquels les usagers du quartier ont accès aujourd’hui.
Préserver les espaces verts face au réchauffement climatique : une urgence
Face au dérèglement climatique et dans une des villes les plus touchées par les inégalités sociales de santé et environnementales et les plus exposées aux conséquences des ilots de chaleurs urbains (ICU), le projet de construction d’un immeuble de 18 000 m2 dans un espace vert constitue une aberration écologique. Aubervilliers est en pleine croissance démographique et sa densité résidentielle est classée parmi les plus fortes de Seine-Saint-Denis. Entre 1999 et 2022, sa population est passée de 63 136 habitants à 89 489.
Cette nouvelle opération immobilière est d’autant plus contestable que le Campus est entouré d’immeubles vides. Certains appartiennent à l'État via la Caisse des dépôts et consignations et sa filiale ICADE. La métropole du Grand Paris, l’une des agglomérations les plus denses au monde, concentre 6 millions de m2 d'immeubles tertiaires vacants dont des centaines de milliers à la Plaine Saint-Denis. L'État, qui doit investir 125 millions dans cette opération immobilière, devrait être exemplaire face aux enjeux du réchauffement climatique et de la transition environnementale en envisageant des alternatives comme la requalification de bâtiments vides et sous-utilisés, mitoyens du Campus, dont il est souvent le propriétaire.
Respecter les recommandations des autorités environnementales
Construire aujourd'hui un immeuble dans un espace vert est également en totale contradiction non seulement avec les rapports scientifiques du GIEC et les avis des autorités environnementales mais également avec ceux des enquêtes publiques du plan d'aménagement et du plan climat de Plaine commune. Le quartier accueillant le Campus Condorcet est considéré comme l’un des secteurs du PLUI (plan local d'urbanisme) les plus sensibles à la chaleur urbaine, la Plaine Saint-Denis "conjuguant densité urbaine, imperméabilisation et manque d’espaces verts", selon l’Autorité environnementale régionale.
Les orientations réglementaires du schéma directeur environnemental d’aménagement de la région parisienne (SDRIF-E), validé le 12 juin 2025 par décret du Premier ministre, ont aussi fait de la sanctuarisation de la pleine terre des espaces verts une priorité que ne respecte pas l’opération immobilière que s’apprête à réaliser le campus Condorcet.
Cette nouvelle construction affecterait les conditions de travail et de vie des salarié.es et des habitant.es : l'été, les températures sont déjà très élevées dans les bureaux des bâtiments déjà construits. Or, les vagues de chaleur que l'on a connues en septembre 2024 ou juin 2025 ne seront que plus intenses chaque année. Par ailleurs, supprimer ce parc privera le campus d'espaces de rencontres, de débats, d'échanges et de sociabilité, pourtant si rares.
Le Campus Condorcet doit revoir sa politique immobilière. Accueillons de nouvelles équipes de recherche selon une politique cohérente avec les exigences d'adaptation de la ville au changement climatique, en tenant compte des avis des autorités environnementales et régionales, des rapports scientifiques et de l'avis des étudiant·es, des salarié·es et des habitant·es .
Il est encore temps de repenser ce projet immobilier !
En cas d’autorisation de permis de construire par la mairie d’Aubervilliers, laisser la justice, saisie par des associations environnementales, trancher un contentieux juridique serait un aveu d'échec pour le campus Condorcet qui n’aurait pas su être à la hauteur des enjeux climatiques, du vivre ensemble et des sciences humaines et sociales.
Supprimer un parc dans un quartier populaire en 2025, ce n'est plus possible !
La ville appartient à celles et ceux qui y habitent et y travaillent !
A suivre, les articles "Le Parisien" du 3 décembre 2025 et de "L'Humanité" du 7 décembre 2025
Campus Condorcet Aubervilliers : article de "L'Humanité" de Pierre Cazemajor - 7 décembre 2025.
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